Deux personnes en conversation calme, l'une écoutant l'autre sans jugement, geste clé du premier secours en santé mentale

Premier secours en santé mentale : méthode AÉRER, formation PSSM, prix et CPF

  • Définition : le premier secours en santé mentale (PSSM) est l’aide qu’un citoyen formé apporte à une personne en détresse psychique, jusqu’au relais par un professionnel.
  • Méthode : AÉRER, en cinq étapes (approcher, écouter, réconforter, encourager, renseigner).
  • Formation : 14 heures, sur deux jours ou quatre demi-journées, sans aucun prérequis.
  • Prix : 250 € recommandés par apprenant, autour de 300 € chez certains organismes ; éligibilité CPF du module standard annoncée dès 2026.

Une collègue qui ne répond plus aux messages, un adolescent qui s’enferme dans sa chambre, un voisin qui laisse entendre qu’il voudrait « en finir » : face à ces situations, la plupart d’entre nous restent démunis. Le premier secours en santé mentale comble précisément ce vide. Inspiré des gestes qui sauvent, il apprend à repérer une souffrance psychique, à engager la conversation sans jugement et à orienter vers les bons interlocuteurs. Ce guide détaille la méthode AÉRER, les signes qui doivent alerter, les mots à choisir, le déroulé de la formation, son coût, ses financements et, surtout, ce que le secouriste ne doit jamais chercher à faire.

Premier secours en santé mentale : définition et origine du programme

Les premiers secours en santé mentale désignent l’aide initiale apportée à une personne qui vit le début d’un trouble psychique, l’aggravation d’un trouble déjà installé ou une crise aiguë. Cette aide se poursuit jusqu’à ce qu’un professionnel prenne le relais ou que la crise se résolve. Le secouriste n’est ni soignant ni thérapeute : il est un passeur.

Le programme est né en Australie en 2001 sous le nom de Mental Health First Aid (MHFA). Ses fondateurs, Betty Kitchener, éducatrice en santé qui avait elle-même traversé des épisodes dépressifs, et Anthony Jorm, chercheur en santé mentale publique, voulaient transposer au psychisme la logique du secourisme classique. Le réseau Mental Health First Aid International revendique aujourd’hui plus de 10 millions de personnes formées dans le monde. En France, l’association PSSM France, créée en 2018, détient la licence exclusive du programme et accrédite les formateurs.

L’analogie avec les secours physiques aide à saisir l’esprit de la démarche. Personne n’attend du témoin d’une rupture anévrisme qu’il opère : on attend qu’il reconnaisse l’urgence, protège la victime et alerte. Côté psychique, la mécanique est identique, avec des gestes différents : remarquer, parler, rassurer, puis passer la main.

Pourquoi former des secouristes en santé mentale en France

Les troubles psychiques ne sont pas une affaire de quelques-uns. On estime qu’un Français sur quatre sera concerné au cours de sa vie, et près de 30 % des Français ont dans leur entourage une personne qui en souffre. Pourtant, la honte et la peur du regard des autres retardent souvent la demande d’aide. Or la chaîne est connue : stigmatisation, isolement, aggravation. Un repérage précoce, à l’inverse, raccourcit le chemin vers le parcours de soins.

La reconnaissance de la santé mentale comme grande cause nationale en 2025 a donné une visibilité nouvelle à ces formations. Quelques repères chiffrés permettent de mesurer l’élan :

  • environ 250 000 secouristes en santé mentale formés en France, pour un objectif de 750 000 en 2030 ;
  • près de 2 000 formateurs accrédités sur le territoire ;
  • en Australie, environ 8 % de la population est formée, avec une cible de 10 % ;
  • selon le bilan 2025 de l’association, 98,3 % des stagiaires recommandent la formation, avec une satisfaction moyenne de 4,6/5.

Sur le plan scientifique, plusieurs essais contrôlés et méta-analyses consacrés au programme MHFA montrent une amélioration des connaissances, de la confiance à aider et une baisse des attitudes stigmatisantes chez les personnes formées. L’effet direct sur la santé des personnes aidées reste plus difficile à mesurer, ce qui invite à présenter la formation pour ce qu’elle est : un outil de littératie en santé mentale et de prévention, pas un traitement.

Pour les collectivités, l’enjeu est aussi local. Communes, CCAS et conseils locaux de santé mentale financent de plus en plus des sessions pour leurs agents d’accueil, leurs animateurs jeunesse, leurs élus ou les bénévoles associatifs. Ces publics sont souvent les premiers à croiser une personne isolée ou en crise, bien avant un médecin.

La méthode AÉRER, fil conducteur du secouriste en santé mentale

Le cœur de la formation tient dans un acronyme facile à mémoriser. Chaque lettre correspond à une action concrète :

Étape Ce que fait le secouriste Exemple concret
Approcher, évaluer, assister Choisir un moment et un lieu adaptés, évaluer le risque de crise ou de danger Proposer un café à l’écart plutôt que d’aborder le sujet devant l’équipe
Écouter sans jugement Laisser parler, reformuler, accepter les silences « Si je comprends bien, tu dors très mal depuis plusieurs semaines ? »
Réconforter et informer Rassurer sur le fait que ces difficultés sont réelles et qu’il existe de l’aide « Ce que tu vis n’est pas un manque de volonté, et ça peut se soigner. »
Encourager à consulter Inciter à rencontrer un professionnel de santé Suggérer un rendez-vous avec le médecin traitant, proposer d’aider à le prendre
Renseigner sur les ressources Indiquer les autres soutiens disponibles Associations d’usagers, groupes de pair-aidance, lignes d’écoute, proches de confiance

L’ordre n’a rien de rigide. L’évaluation du danger, en particulier, se poursuit pendant toute la conversation : si la situation bascule vers une urgence, on passe immédiatement à l’alerte.

Reconnaître la détresse psychique : signes visibles et signaux faibles

La formation consacre une large part aux troubles les plus fréquents : dépression, troubles anxieux, troubles psychotiques et usage problématique de substances. Elle aborde aussi les situations de crise, comme l’attaque de panique, les pensées suicidaires, l’automutilation, la crise psychotique ou les suites d’un événement traumatique. Il ne s’agit pas d’apprendre à poser une étiquette, mais de savoir quand un changement mérite qu’on s’en inquiète.

Parmi les signes qui doivent attirer l’attention :

  • un retrait progressif : absence aux repas, messages laissés sans réponse, abandon d’activités appréciées ;
  • des changements physiques : perte d’appétit, sommeil bouleversé, fatigue persistante ;
  • des propos de dévalorisation (« je ne sers à rien », « tout le monde serait mieux sans moi ») ;
  • une irritabilité inhabituelle, des pleurs fréquents ou au contraire une froideur nouvelle ;
  • une consommation d’alcool ou de drogues qui augmente ;
  • des propos incohérents, une méfiance soudaine envers l’entourage.

Un seul de ces signaux ne veut rien dire en soi. C’est leur accumulation, leur durée et la rupture avec le comportement habituel de la personne qui comptent.

Les mots qui aident une personne en souffrance, et ceux qui l’isolent

Beaucoup de proches hésitent par peur de mal faire. Les maladresses les plus courantes partent pourtant d’une bonne intention : minimiser pour rassurer, donner des conseils pour se sentir utile. Le résultat est souvent l’inverse, la personne se sent incomprise et se referme.

Formulations à privilégier :

  • « J’ai remarqué que tu semblais différent ces derniers temps, comment tu te sens ? »
  • « Je suis là, prends le temps qu’il te faut. »
  • « Est-ce que tu as pu en parler à quelqu’un, un médecin par exemple ? »

Formulations à éviter :

  • « Ça va aller demain, secoue-toi un peu. »
  • « Il y a pire que toi. »
  • « Moi aussi j’ai connu ça, tu verras, il suffit de faire du sport. »

L’écoute active repose sur des gestes simples : regarder la personne, ne pas couper, reformuler ce qu’elle dit et tolérer les silences. Mieux vaut une question sincère qu’un long discours.

Idées suicidaires : oser poser la question et appeler le 3114

C’est le point qui inquiète le plus les stagiaires, et celui sur lequel la formation insiste. Demander clairement à quelqu’un s’il pense au suicide ne provoque pas le passage à l’acte. Les travaux disponibles montrent au contraire que la question directe soulage souvent la personne, qui se sent enfin autorisée à parler. La formulation peut rester simple : « Est-ce que tu penses à te suicider ? »

Si la réponse est positive, le secouriste ne laisse pas la personne seule lorsque le danger semble immédiat, éloigne si possible les moyens de passage à l’acte et alerte sans attendre le 15 ou le 112. Dans les autres cas, le 3114, numéro national de prévention du suicide ouvert en octobre 2021, répond gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il s’adresse aux personnes en détresse comme à leurs proches. Pour préparer cette conversation ou repérer d’autres ressources, le portail Santé mentale info service réunit des informations fiables et des contacts d’aide.

Une confidence de ce type ne se garde pas pour soi. Promettre le secret à quelqu’un qui envisage de mourir revient à porter seul un poids qui doit être partagé avec des professionnels.

Formation premiers secours en santé mentale : contenu et déroulé

Le module standard dure 14 heures, réparties sur deux jours consécutifs ou quatre demi-journées. Les sessions se déroulent en petit groupe, avec un manuel remis à chaque participant. La pédagogie alterne apports théoriques, vidéos, études de cas et jeux de rôle : on s’entraîne réellement à aborder quelqu’un, à poser la question du suicide, à réagir face à une attaque de panique.

À l’issue, le stagiaire reçoit une attestation de secouriste en santé mentale. Ce document est reconnu dans le réseau mais il n’a rien d’un diplôme : il ne confère aucune compétence de soin et ne permet pas de former d’autres secouristes, ce qui suppose un parcours d’accréditation distinct. Le contenu est protégé, PSSM étant une marque déposée. Le présentiel reste le format le plus courant ; certains organismes proposent aussi des sessions à distance ou en intra-entreprise.

Modules standard, jeunes et adolescents : quel parcours choisir

Module Public formé Personnes aidées Format indicatif
Standard Tout adulte : salariés, managers, RH, bénévoles, aidants Adultes 14 heures
Jeunes Adultes au contact de jeunes : parents, enseignants, infirmiers scolaires, animateurs, éducateurs Adolescents et jeunes adultes 14 heures
Adolescents Collégiens et lycéens eux-mêmes Leurs camarades 3 séances d’une heure en établissement

Les tranches d’âge exactes varient selon les organismes qui présentent le module jeunes. Un parent inquiet pour son enfant ou un enseignant aura tout intérêt à choisir cette version, qui traite de problématiques propres à l’adolescence comme le harcèlement, les troubles alimentaires ou l’automutilation.

Prix de la formation PSSM et financements possibles

PSSM France recommande à ses formateurs accrédités un tarif de 250 € par apprenant pour le module standard. Dans les faits, les prix constatés tournent souvent autour de 300 € : la Croix-Rouge affichait par exemple ce montant net de taxe pour ses sessions de novembre 2026. Les formations intra-entreprise font l’objet de devis.

Source de financement Pour qui À vérifier
CPF Salariés, indépendants, demandeurs d’emploi Éligibilité du module standard annoncée dès 2026 : contrôler que la session visée figure bien sur Mon Compte Formation
Employeur et OPCO Salariés du privé Inscription au plan de développement des compétences, prise en charge selon l’OPCO de branche
CNFPT et employeurs publics Agents territoriaux et fonctionnaires Offre PSSM au catalogue, accord du service
Fonds d’assurance formation Travailleurs indépendants Critères propres à chaque fonds
France Travail Demandeurs d’emploi Lien avec le projet professionnel
Fonds solidaire, mutuelles, associations Particuliers aux ressources limitées, adhérents Conditions et enveloppes variables

Pour un particulier, la piste la plus simple reste souvent l’employeur ou la collectivité dans laquelle il s’engage bénévolement : beaucoup financent déjà ce type de formation dans le cadre de leur politique de qualité de vie au travail ou de prévention.

Trouver une session PSSM et s’inscrire pas à pas

  1. Choisir le module selon le public que vous côtoyez le plus (adultes ou jeunes).
  2. Rechercher une session via le moteur « Trouver une formation » de PSSM France ou auprès d’organismes comme la Croix-Rouge, des centres hospitaliers ou des organismes de formation spécialisés.
  3. Vérifier l’accréditation du formateur : seuls les formateurs accrédités par l’association peuvent délivrer l’attestation officielle.
  4. Comparer le format : deux jours d’affilée, demi-journées étalées, présentiel ou distanciel.
  5. Boucler le financement avant l’inscription, en particulier si un accord de l’employeur ou de l’OPCO est nécessaire.
  6. Confirmer l’inscription et prévoir sa disponibilité complète : la formation demande une présence sur l’ensemble des heures.

L’association tient par ailleurs une permanence téléphonique du lundi au vendredi, de 9 h 30 à 12 h, pour orienter les personnes qui hésitent entre plusieurs options.

Les limites du rôle de secouriste en santé mentale

Le secouriste ne pose pas de diagnostic, ne propose pas de traitement et ne remplace aucun professionnel. Une aide mal calibrée peut même nuire : jouer au thérapeute, insister lourdement, interpréter les symptômes ou promettre une guérison rapide. Le bon réflexe consiste à orienter vers le médecin traitant, un centre médico-psychologique (CMP), un psychologue ou un psychiatre, selon la situation.

Lorsque le cabinet habituel est fermé, une structure de permanence des soins peut assurer une première évaluation : les pages consacrées à SOS Médecin Toulon et à SOS Médecin Saint-Quentin rappellent les bons réflexes avant de composer le numéro. Si les médecins jugent nécessaires des soins plus intensifs, ceux-ci peuvent passer par un séjour en établissement spécialisé, à l’image de la Maison de santé de Rochebrune emeis, clinique située à Garches. Ces décisions appartiennent aux soignants et à la personne concernée, jamais au secouriste.

Prendre soin de soi après avoir aidé

Accompagner quelqu’un en détresse laisse des traces. Après une conversation lourde, il est utile d’en parler à une personne de confiance, en respectant l’anonymat de celle qui s’est confiée, et de s’accorder du repos. Le 3114 accueille aussi les proches et les aidants qui se sentent dépassés. Reconnaître ses propres limites fait partie intégrante du rôle : un secouriste épuisé n’aide plus personne.

Faut-il des connaissances en psychologie pour devenir secouriste en santé mentale ?

Non. La formation est ouverte à tout adulte, sans diplôme ni expérience préalable. Elle a justement été pensée pour le grand public : collègues, parents, voisins, bénévoles. Les professionnels de santé peuvent aussi la suivre, mais elle ne leur est pas réservée.

L’attestation PSSM est-elle valable à vie ?

L’attestation n’est pas un diplôme et ne s’accompagne pas d’un recyclage obligatoire comparable à celui du SST. Les connaissances s’émoussent toutefois avec le temps : il est conseillé de se renseigner auprès de son formateur ou de l’association sur les modules de mise à jour proposés.

En quoi les PSSM diffèrent-elles du PSC1 ou du SST ?

Le PSC1 et le SST portent sur l’urgence physique : malaise, hémorragie, arrêt cardiaque. Les PSSM s’intéressent à la souffrance psychique et aux crises de santé mentale. Les deux approches partagent la même philosophie (repérer, protéger, alerter) et se complètent très bien.

Que faire si la personne aidée refuse de consulter ?

Respecter son choix, sauf danger immédiat, tout en maintenant le lien. On peut lui rappeler que la porte reste ouverte, lui laisser un numéro comme le 3114 et revenir vers elle quelques jours plus tard. En cas de risque vital, l’alerte au 15 ou au 112 prime sur son accord.

Une commune peut-elle organiser des formations aux premiers secours en santé mentale ?

Oui. De nombreuses collectivités financent des sessions pour leurs agents, leurs élus ou les acteurs associatifs du territoire, souvent dans le cadre d’un conseil local de santé mentale ou d’un contrat local de santé. Il suffit de faire appel à un formateur accrédité PSSM France.

Le secouriste doit-il garder pour lui tout ce qu’on lui confie ?

La discrétion est la règle pour les confidences ordinaires. Elle cède en revanche devant un danger pour la vie de la personne ou d’autrui : dans ce cas, mieux vaut expliquer honnêtement qu’on ne peut pas garder le secret et alerter les secours ou le 3114.

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